le théâtre durant la Révolution
LE THEÂTRE DURANT LA REVOLUTION
le cas de l'Ain
par Jérôme Croyet
docteur en histoire, collaborateur au Magazine Napoléon 1er et à la Revue Soldats Napoléoniens
Alors que dans le Puy de Dôme le théâtre joue un rôle dans le processus révolutionnaire, dans l'Ain, le théâtre ne joue pas le rôle de lieu révolutionnaire, à moins que l'on considère comme tel le réemploi de la salle de spectacle de Bourg comme lieu de réunion de la société populaire en 1792. Pourtant à la veille de la Révolution, la vie théâtrale burgienne est en pleine expansion et aurait tout lieu de devenir un lieu révolutionnaire. La salle de comédie de Bourg ne date que de 1778 et est la réalisation de l'ingénieur Aubry, le père du futur général d'artillerie. Elle compte 350 places assises et un parterre, ce qui est déjà bien pour une ville d'à peine 6000 habitants et un café qui accueille des bals. De plus, de nombreuses troupes[1] s'y succèdent pour donner de nombreuses pièces[2]. Le théâtre est tellement à la mode en Bresse que le puissant comte de Montrevel fait construire une scène dans ses châteaux de Mâcon et de Châlles en 1771, où se produisent les troupes de Desroches et de St Gérard mais aussi madame St Huberti et surtout le comte lui même[3]. Pas très loin de Bourg, la baronne de Meillonnas, elle aussi friante de théâtre s'adonne à l'écriture est l'auteur de 9 pièces ente 1767 et 1774[4].
De même, tout au long du XVIIIe siècle le métier d'acteur change et devient un jeu codifié, répété, analysé ou la diction devient importante et "plus conforme à la sensibilité, à la naturalité du personnage…ainsi l'accent sera changeant, mouvant propre à chaque passion…la pantomime…permet un jeu d'identification entre spectateur et acteur"[5] : le jeu théâtral ne réside plus dans le naturel des gestes mais dans leur vraisemblance. Mais malgré cet engouement pour le théâtre, l'acteur est en Bresse un personnage hors norme, et comme partout en France, le statut social du comédien n’évolue guère. Si “ le jeu théâtral est désormais considéré comme un art à part entière. . . les comédiens sont toujours voués à un certains mépris, rejetés par l’Eglise à la fois de son sein et de la société”[6] et en Bresse comme ailleurs, puisqu'en 1786, afin de pouvoir se marier le comédien Blanc-Désisles doit signer un acte de renonciation au métier de comédien. De même, durant la décennie révolutionnaire, les représentations théâtrales semblent fort réduites et les acteurs restent des gens surveillés[7]. Il faut attendre l'an VI pour que la vie théâtrale burgienne revive et notamment le 16 floréal an VII, date de la nouvelle adjudication du bail de la salle des spectacles à Galier de St Géraud, directeur des spectacles de la commune de Genève, dès lors le théâtre devient la mise en scène des fastes du gouvernement, le 18 fructidor an VI, la troupe de St Hubert donne une représentation pour le 18 fructidor et en l'an VII, un acteur dramatique et des amateurs de théâtre de Bourg donnent une représentation pour la fête de la souveraineté du peuple[8].
Si le théâtre n’arrive pas à devenir pas un lieu de sociabilité révolutionnaire, comme le sont les cabarets et les auberges, le rôle de la presse, même s'il reste chronologiquement réduit à nettement plus d'importance.
[1] De 1783 à 1786, les troupes St Gérart, St Aubin, Dupperoz et Volange.
[2] De décembre 1783 à septembre 1786, on y joue 131 pièces.
[3] CARRY (Jérôme) : La famille de la Baume Montrevel, état d'un lignage, seconde moitié du XVIIIe siècle. Mémoire de maîtrise d'histoire sous la direction de Jean Pierre Gutton, Université Lumière Lyon II, 1999.
[4] CHEVALLIER (Goergette) : “ Madame de Meillonnas, auteur dramatique ” in Annales de la Société d'Emulation de l'Ain, année 2000.
[5] PAQUET (Dominique) : “ Le jeu de l'acteur à la fin du XVIIIe siècle ” in Théâtre et révolution. Actes du colloque international, Annales littéraires de l'Université de Besançon, Paris, n.d., pages 69 à 82 .
[6] BIARD (Michel) : Collot d’Herbois.
[7] Le 1er nivôse an II, le comité de surveillance de la commune de Bourg demande et obtient la liste des 20 acteurs de la troupe du citoyen Jouffroy, directeur de la comédie de Bourg.
[8] Sous le Consulat, le théâtre de Bourg devient un lieu de surveillance policière : durant la nuit du 27 au 28 ventôse an X, 4 jeunes gens, entre deux pièces de théâtre, renversent la guérite se trouvant devant la préfecture.