les jeux sous la Révolution et l'Empire

Publié le par Jérôme Croyet

Des jeux sous la Révolution et l'Empire

par Jérôme Croyet, docteur en histoire, collaborateur au Magazine Napoléon 1er

 

            Le XVIIIe siècle est un siècle joueur. On s’adonne au Biribi depuis 1719 entre un banquier et un nombre indéterminé de joueurs, au pharaon dès 1736 et au siam en 1742. Dans l’Ain les jeux de cartes sont très répandus mais avec la Révolution surveillés car s’ils appauvrissent ils sont aussi un outil de communication des espions anglais. On essaye néanmoins de jouer. A Bourg, on « taille à la rouge & noire » en l’an IX tandis que dans les armées on joue à la drogue qui se joue deux contre deux dans lequel le valet, surnommé Mandrin, est la carte la plus forte. L’équipe perdante est condamné à porter une pince sur le nez. On joue aussi au dés : screps, au trente et un et passe dix où il faut sortir plus de dix points en un coup avec trois dés. Mais dès la fin du XVIIIe, la passion du jeux est dirigée vers les jeux de forces « par les médecins qui découvrent alors la valeur des exercices physiques ». Dès lors, sous le 1er Empire, on fait du patins à glace, on joue aux boules (quilles[1] ou pétanques). A Bourg, à Pont-de-Vaux, à Bâgé-le-Châtel, où l’on joue au jeu de Paume, on tire aussi le papegai comme en Savoie, le long de la frontière de la Suisse. Les Savoyards s’adonnent au loto, aux dames, aux dominos et aux échecs. Mais, comme dans l’Ain voisin, ce sont aussi les jeux de cartes à enchères qui sont le plus fréquents.C'est sous le 1er Empire qu'un seul modèle de jeu de cartes est imposé aux Français. Précédemment, on jouait avec des cartes différentes suivant les régions de France.

Dès la fin de l’Ancien-Régime, une chasse aux jeux de hasards est faite. Le 2 février 1776, une procédure est faîte à Pont-de-Vaux contre ces derniers  qui se jouent dans les cafés car « ceux qui s’y adonnent…causent souvent la ruine totale de leurs biens ». Si la Révolution se montre plus tolérante, du moins intelligente avec la mise en place d’un loterie, dès le Consulat, la traque aux jeux de hasards reprend. Dès le 3 floréal an VIII, une enquête est diligentée à Bourg contre une maison de jeux afin de « constater par procès verbal toutes les contraventions aux lois et règlements de police ». Mais ce n’est que quelques mois plus tard, en frimaire an IX qu’une vague d’enquêtes et de mesures à Bourg, au café Boulbe, à Nantua, les jours de forie, à Châtillon de Michaille et lors des foires de Poncin ont lieu et jettent dans l’illégalité totale les jeux de hasard. Ces mesures, très en vogue sous le 1er Empire, sont reprises le 9 avril 1823, par une circulaire préfectorale relative à la répression des jeux de hasard.

A l'armée les militaires s'adonnent aussi aux jeux et notamment à la drogue, où le perdant met une pince à linge sur le nez. Mais ces jeux sont aussi prohibés, car ils amènent la discorde et les disputes parfois violentes entre les miltiaires mais aussi avec les civils. Ainsi, fin novembre 1811, le colonel Dulon de Rosnay, commandant du 12e léger interdit les jeux à ses hommes. Le 3 février 1812, il prend même des mesures plus draconiennes : "Tout soldat du régiment qui sera trouvé à jouer dans les tripots qui se trouvent autour de la ville seront mis en prison pour 15 jours. Les adjudants majors et adjudants redoubleront de surveillance à cet égard. Les officiers, sous officiers & caporaux seront invités lorsqu’ils se promèneront à user de leur autorité à cet égard. Lorsqu’ils rencontreront des soldats du régiment à ces sortes de jeux, qui sont la cause souvent que de braves gens s’avilissent et se déshonorent en volant leur camarade pour aller jouer".

 



[1] Le jeu de quille est très répandu durant la 1ère moitié du XIXe siècle en Haute Savoie. Il s’agit toutefois d’un jeu de quille indirect ou par ricochet : il faut lancer la boule sur deux monticules placés de part et d’autres du jeu afin de renvoyer cette dernière sur les quilles. Ce type de jeu s’étend à l’Est de la France, à la Bourgogne et même jusqu’en Normandie sous une forme légèrement différente.

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